Avant l'heure, c'est pas l'heure ; après l'heure, c'est plus l'heure
Le temps des uns, la vie des autres
Pour certains, cinq minutes, c'est le temps d'un café ou d'une chanson à la radio. Pour une assistante maternelle, c'est la frontière fragile entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle.
On pense souvent que "quelques minutes" ne changent pas la face du monde, surtout quand on court après le temps toute la journée. Pourtant, quand tu déposes ton enfant quelques minutes avant l'heure prévue ou quand tu viens le rechercher avec un peu de retard, ces petits décalages de l'aiguille agissent comme un grain de sable dans les rouages de précision de la vie de l'assmat de ton enfant.
Derrière la porte de ton assmat, il n'y a pas qu'une professionnelle qui t'attend : il y a un lieu d'accueil qui souhaite redevenir un foyer, une logistique invisible suspendue et un besoin vital pour elle de retrouver son espace privé et de se ressourcer.
Jetons ensemble un ti'coup d'œil dans les coulisses de la pendule pour comprendre pourquoi, chez "Nounou", la ponctualité n'est pas une manie, mais le secret d'une relation pro. respectueuse, zen et durable
Retard ou avance : La situation qui coince au pas de porte
Le matin (l'avance matinale) :
Il est 7h53 pour un accueil prévu à 8h. Tu sonnes, pensant bien faire en anticipant ton départ au travail, mais la porte reste close. Tu ne comprends pas pourquoi ton assmat ne t'ouvre pas alors que tu es déjà là et que tu sais qu'elle est là aussi.
Le soir (le petit retard) :
Tu arrives à 18h05 au lieu de 18h pour récupérer ton enfant. Tu es un peu essoufflé, tu t'excuses avec un sourire, mais tu sens que ton assmat est tendue. Tu ne comprends pas pourquoi ce décalage de fin de journée crée un tel froid.
Pourquoi ton assmat râle quand tu n'est pas à l'heure : Le décodage
L'avance matinale
Le dernier rempart de l'intimité : Avant l'heure du contrat, l'assmat n'est pas encore "Nounou", elle est chez elle. Ces 10 minutes d'avance sont ses dernières secondes de vie privée : finir son café, s'habiller ou faire un ultime câlin à ses propres enfants avant de "donner" sa journée.
La mise en place parasitée : Ton assmat utilise les minutes précédant ton arrivée pour finaliser l'accueil (aérer, préparer le matériel). Arriver plus tôt, c'est la forcer à interrompre sa préparation. Elle t'ouvre la porte alors qu'elle n'est pas encore "prête" mentalement.
L'effet "effraction" : Sonner avant l'heure est perçu comme une intrusion. C’est imposer sa présence dans un foyer qui n’est pas encore un lieu de travail. C’est un peu comme si ton patron arrivait chez toi alors que tu es encore sous la douche pour commencer la réunion.
Le stress du petit-déjeuner : Tes minutes d'avance tombent souvent en plein milieu du tunnel du matin pour ses propres enfants (départ école, brossage de dents). Tu l'obliges à délaisser sa famille pour entrer en posture pro., créant une tension familiale dès le saut du lit.
Le travail gratuit non consenti : L'avance est une extension du temps de travail. 10 minutes par jour, c'est presque une heure offerte par semaine. Pour ton assmat, c’est surtout un dilemme moral usant : doit-elle "chipoter" pour te compter ces 10 minutes ou doit-elle s'asseoir sur son droit et travailler gratuitement ? Devoir te réclamer cet argent est une charge mentale dont elle se passerait bien. Respecter l'heure, c'est simplement honorer le contrat que vous avez signé ensemble.
La posture pro. forcée : Dès que tu franchis le seuil, elle doit endosser sa responsabilité professionnelle. Lui voler ses dernières minutes de liberté, c'est vider ses batteries avant même que la journée ne commence.
Le télescopage des accueils : Ton avance casse l'équilibre des arrivées. En arrivant plus tôt, tu risques de créer un embouteillage avec la famille suivante. Ce chevauchement empêche l'assmat de consacrer un temps de transmission calme et individuel à chaque enfant.
La confusion pour l'enfant : Pour le petit, la régularité est rassurante. Arriver trop tôt le plonge dans une maison encore "en privé". Il peut sentir que son arrivée perturbe un moment familial, ce qui rend la séparation plus difficile.
Le "petit" retard du soir
L'insécurité du cadre pour l'enfant : Ton enfant voit que l'heure est passée, que Nounou est prête à partir et qu'elle attend. Même si vous faites des efforts pour le lui cacher, Il ressent le stress de son assmat tout comme il ressentira ta contrariété lorsque tu arriveras et que tu ne te sentiras pas bien accueilli.
Ce retard et ce malaise entre ses adultes référents peut créer une micro-angoisse chez le petit qui ne comprend plus pourquoi l'ambiance sécurisante de sa journée est rompue et qui s'en sentira probablement coupable .L’effet domino sur le groupe : Un accueil, c’est un équilibre collectif. Ton retard peut bloquer le départ d’un autre parent qui attend son tour ou décaler l'arrivée d'un autre enfant, créant un embouteillage sur le pas de porte. Cela perturbe l'organisation des transmissions pour tout le monde et force l'assmat à diviser son attention au moment où elle devrait être pleinement disponible pour chaque famille.
La transition vie pro / vie perso : Contrairement à un bureau, son lieu de travail est sa maison. Le retard l'empêche de "fermer la porte" mentalement, elle reste en "posture pro" alors que sa vie familiale piaffe derrière elle.
L'effet domino sur sa vie perso : Ton retard sabote son organisation personnelle. Ses propres enfants ont peut-être une activité, un bain ou un repas qui dépend de ton départ exact ou c'est son cours de sport qu'elle rate, son créneau à la bibliothèque qui ferme, ou simplement ce moment de calme qu'elle s'était promis. Tes 5 minutes de retard décalent toute sa soirée à elle ou la désorganisent complètement.
Le rendez-vous raté : Tes 5 minutes de décalage à l'arrivée, c'est souvent le quart d'heure de retard pour elle à son propre rendez-vous. C’est la séance de kiné annulée, le rendez-vous chez le dentiste perdu (après 3 mois d'attente) ou la porte close chez son spécialiste. Un "petit" retard pour toi peut devenir une vraie galère de santé ou administrative pour elle.
Le sentiment de non-reconnaissance : Pour elle, le respect de l'horaire est la preuve que tu considères son métier comme une vraie profession, avec des droits et un cadre, et non comme un simple "petit personnel de services" malléable selon tes propres imprévus.
La charge mentale de la responsabilité : Tant que tu n'as pas franchi le seuil, elle est professionnellement responsable de ton enfant. Ces minutes de retard imposent une vigilance extrême supplémentaire alors qu'elle a déjà atteint son quota de fatigue journalière.
Le temps de "décompression" volé : Entre le départ du dernier enfant et le début de sa propre soirée, l'assmat a besoin d'un sas de décompression (aérer, s'asseoir 2 minutes). Ton retard supprime le seul instant de silence de sa journée.
La "deuxième journée" qui commence : Quand tu rentres chez toi, sa journée de travail est loin d'être terminée. Elle doit encore lancer les lessives (draps, bavoirs), désinfecter et ranger les jouets, passer le balai, préparer les repas du lendemain et planifier les activités. Chaque minute de retard, c'est du temps qu'elle devra voler à son propre sommeil pour que tout soit impeccable demain matin à 7h.
Le temps, c’est aussi un contrat : Derrière ces minutes, il y a un cadre légal. Dépasser l'horaire, c'est imposer une heure complémentaire non prévue qui complique la gestion administrative. Comme pour le matin, c’est une source de ressentiment sur le long terme.
La blessure invisible : Au-delà du contrat, l'accueil est un métier de cœur et d'émotions. Quand le retard devient une habitude, ton assmat ne voit plus seulement un problème d'horaire, mais un manque de considération pour sa personne. Ne pas respecter son temps, c'est lui envoyer le message que sa vie à elle a moins de valeur que la tienne. C’est blessant à titre personnel et cela use l’affectif qui est pourtant le moteur de la qualité de l’accueil de ton enfant.
Micro-trottoir : Ce que les assmats pensent tout bas et ne disent pas tout haut
L'éclairage de Nanny Poppy
"Le cerveau humain est programmé pour anticiper les événements. Si un imprévu chamboule ce cycle cela déclenche un pic de cortisol
Pour une professionnelle, l'heure du contrat déclenche physiquement un état de "vigilance au travail" le matin et un état de "décompression" nécessaire en fin de journée. Que ce soit une avance qui surprend ton assmat en pleine transition ou un retard qui repousse son repos attendu, cela génère chez elle un pic de cortisol et donc du stress.
Les mises au point d'Assmat'Hilda
"Imagine que ton patron te demande d'attaquer 10 minutes plus tôt ou de rester 15 minutes de plus chaque soir, sans prévenir et sans te payer. Tu serais le premier à être contrarié par un tel abus, non ? Alors pourquoi ce qui est inacceptable pour toi au bureau le deviendrait chez moi ?
Moi, je ne peux pas éteindre l’ordi, fermer le bureau et rentrer chez moi : je suis déjà chez moi ! Mon travail a un début et une fin, point barre. Que tu sonnes 10 minutes trop tôt ou que tu fasses déborder les transmissions sur ma soirée parce que tu es arrivé en retard, tu empiètes sur ma vie. Respecter mes horaires, c'est respecter qui je suis, mon métier, ma liberté et ma famille. C'est pas l'accueil à la carte ici !"
Les confidences de Nounou Perle
"Je sais ce que c'est... ce matin où tu es pressé d'aller au travail, ou ce soir où ta réunion n'en finit plus. Je sens ton stress quand tu pousses la porte et, sincèrement, j'ai tellement envie de te dire : 'C'est pas grave, entre !'.
Mais quand ces minutes grignotées sur mon thé du matin ou sur ma soirée se répètent, je sens mon réservoir d'énergie s'épuiser. Ce qui me fait peur, ce n'est pas tant l'impact de ma fatigue sur moi, c'est de perdre ma patience et ma douceur avec ton petit. Pour être une Nounou au top, j'ai besoin de transitions sans stress : c'est la condition de mon bien-être au travail.
Je m'inquiète aussi pour le ressenti de ton enfant : quand tu arrives trop tôt ou trop tard, il perçoit ce flottement et cette urgence. Il a besoin de sentir que ses arrivées et ses départs sont des moments stables, faits d'échanges, de connivence et de sérénité entre nous tous, et non une course contre la montre. Si ces moments deviennent une source de tension, c'est la qualité de mon accueil, mon sourire et surtout le sentiment de sécurité affective de ton enfant que nous mettons en danger."
Les sottises de Nounou
"L’autre jour, un parent sonne avec 20 minutes d'avance. J'ai ouvert en peignoir, les cheveux en bataille et les yeux à moitié ouverts.
Je l'ai regardé et je lui ai dit : "Ah, bonjour ! Ben... installe-toi et occupe-toi de ton enfant, moi je viens de finir ma nuit et ma douche m'attend !"
Et je l'ai laissé planté là, stupéfait, sur le pas de la porte pendant que je faisais demi-tour.
Il a tout de suite compris je n'accueille pas H24 et qu'avant l'heure, c'est pas l'heure."
Le Droit mis dans le bon sens par Assmat Dorine :
Les horaires de travail ne sont ni élastiques ni à la carte
Le pense-bête pas si bête de Nounou Nonna :
clés pour un passage de relais parent-assmat réussi et en douceur
Contrat "confort" :
Lors de l'élaboration de ton contrat, vois grand !
Prévois le temps nécessaire à la séparation et aux transmissions.
Avec la réforme du CMG, l'aide n'est plus plafonnée à la journée mais calculée sur l'ensemble des heures. Prévoir un contrat réaliste ne te coûte donc pas forcément plus cher. D'autant que les assmats ajustent souvent leur tarif : moins d'heures signifie souvent un taux horaire plus élevé. Un contrat plus large, c'est un tarif horaire plus doux et, mathématiquement, plus la rémunération horaire est ajustée, plus ton taux d'effort (ton reste à charge) est bas. Au final ? Peu de différence sur ton budget, mais une énorme différence sur ta qualité de vie !
Contrat "Zéro stress" :
Préparation et anticipation :
Prépare le sac de ton enfant (et le tien !) la veille au soir.
Rien ne fait perdre plus de temps — et ne fait monter la pression — que la recherche de la deuxième chaussure ou du doudou disparu à 7h45.
Mais l'anticipation, c'est aussi respecter le rythme du réveil.
Essaie, dans la mesure du possible, de réveiller ton enfant un peu plus tôt pour lui offrir un vrai temps de transition. Un moment pour émerger en douceur et un petit-déjeuner sans bousculade évitent bien des larmes sur le pas de la porte. L'idée, c'est que le matin soit dédié au lien affectif, pas à la logistique ou à la course contre la montre.
Zone de transition :
Si tu es en avance de 10 minutes, ne sonne pas tout de suite ! Profite-en pour faire un dernier câlin dans la voiture, finir une histoire ou observer les oiseaux. C’est un moment de calme précieux pour ton enfant avant de changer d’univers.
Pour que ce sas fonctionne vraiment, déconnecte-toi. Évite les écrans pour ton petit et range ton propre téléphone.
Si tu consultes tes notifications, tu n'es plus vraiment là, et ton enfant risque de s'accrocher davantage à toi au moment du départ pour "récupérer" ton attention. Ces 10 minutes de présence totale, les yeux dans les yeux, sont le meilleur carburant pour qu'il se sente en sécurité toute la journée en ton absence et te laisse partir sereinement.
Transmission flash :
Alerte imprévu :
Un coup de fil ou un SMS dès que tu vois que ça coince.
Prévenir, c'est respecter le travail de ton assmat et lui permettre d'adapter sa propre fin de journée.
Le mémo de Nounou Nonna : L’exception n’est pas la règle
Comprends qu'une tolérance ponctuelle doit le rester. Le respect du cadre protège ta relation avec ton assmat sur le long terme.
Respect du collectif et de l'intimité :
N'oublie pas que tu n'es pas seul à passer le pas de la porte. Si une autre famille est déjà là, reste discret.
La confidentialité est la règle d'or : on ne commente pas le comportement d'un autre enfant et on attend son tour pour les transmissions.
Le petit conseil de Nounou Nonna : Évite aussi d'étaler les détails intimes de la journée de ton propre enfant (santé, petits accidents, émotions fortes) devant les autres parents. Ton enfant a droit à son jardin secret ! Garde ces échanges pour un moment en tête-à-tête avec ton assmat ou utilise le cahier de liaison. C’est ainsi qu'on protège la bulle de bien-être et l'intimité de chaque petit accueilli.
Infos de publication et crédits
Rédaction et publication
- Rédigé par MaM | 16/04/2009 date de première publication
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